J’avais failli aller en Turquie il y a deux ans, lors de mon tour d’Europe Centrale en sac-à-dos. Mais à l’époque, je n’avais pas pu prolonger assez mes vacances pour pousser jusque là. Cette fois-ci, pas de problème, j’ai tout le temps ! Enfin presque, parce que le parking où Betty est garée me coûte presque aussi cher que mon auberge de jeunesse…


Départ de Sofia en cette fin du mois d’octobre, donc, direction Istanbul en bus. J’y passerai quatre jours, avant de me diriger vers la Cappadoce, pour quatre jours de plus. J’aimerais bien y aller en van, mais mon assurance ne couvre pas la Turquie, et de toute façon les distances à parcourir sont trop grandes pour que ça vaille le coup sur juste quelques jours.




Dans le bus, je rencontre un groupe de jeunes français qui font un Erasmus à Istanbul, et un cycliste, lui aussi français, qui est parti pour faire le tour du monde en vélo. Un vrai aventurier ! A côté, j’ai l’impression de voyager dans le plus grand confort…



Après une courte nuit, entrecoupée d’arrêts au frontière et de pauses pipi, nous arrivons à Istanbul. Dans la banlieue d’Istanbul plutôt. Et on roule, et on roule… la ville est immense. Et impressionnante déjà. Je vois plein de quartiers différents, beaucoup de hauts immeubles qui ont l’air très récents, beaucoup de traffic aussi. Je suis bien contente de ne pas avoir à conduire ici !



Mon nouvel ami cycliste m’accompagne jusqu’à mon auberge pour y laisser aussi son sac, puis nous nous séparons et je pars à la découverte du centre ville. L’ambiance est très animée, et plutôt bruyante, mais la ville s’y prête bien et étrangement ça ne me dérange pas.


Pour cette première journée, j’ai prévu une croisière sur le Bosphore pour avoir un aperçu genéral des sites sans me fatiguer. C’est chouette, il fait beau, il y a du thé à volonté, et même si je n’entends pas grand chose des explications, le bateau a la wifi donc je peux regarder où je suis et ce que je vois en direct sur Maps. On ne va pas jusqu’à l’embouchure de la Mer Noire mais le tour dure tout de même 2h et me permet de faire de belles photos et d’avoir une idée de l’envergure d’Istanbul.




En revenant au port, je me balade dans le quartier de Karaköy où je mange un délicieux sandwich au poisson grillé et des baclavas du meilleur magasin de la ville. Je découvre ainsi les baclavas au chocolat qui sont vraiment trop bonnes, je pourrais en manger des tonnes ! Je passe aussi à côté de la tour Galata, qui domine la ville, mais je ne m’arrête pas car la queue pour y monter est trop longue.












En revenant, je rentre dans quelques mosquées, et elle sont toutes plus belles les unes que les autres. Elles sont toutes accessibles aux passants, en-dehors des heures de prière, et les femmes doivent avoir les cheveux couverts pour y entrer. Ayant prévu le coup, je me promène avec un foulard qui reste au fond de mon sac le reste du temps, car il fait encore chaud ici en cette période de l’année !







A Karakoy, on peut aussi trouver quelques églises chrétiennes, comme Saint Antoine de Padoue.



Et encore de superbes mosquées…




Même les fontaines sont magnifiques !


Et comme dans beaucoup de villes touristiques, on trouve la traditionnelle rue aux parapluies…



J’admire le coucher du soleil depuis Karakoy, puis, de retour à l’auberge, je me fais un petit thé, que je déguste sur la terrasse. Il y a pire comme soirée…









Le lendemain, après un bon petit-déjeuner à la turque, je repars à l’aventure. Le plan est de suivre une visite guidée du centre, pour en apprendre plus sur le passé de la ville. Grande férue d’histoire antique, j’attends ce tour avec impatience ! Et je ne suis pas déçue, car le guide est très bon et nous fait revivre toute l’histoire mouvementée de Byzance, Constantinople, et Istanbul. Entre deux pauses explicatives, je prends un maximum de notes sur mon téléphone pour ne rien oublier !




En résumé, Byzantion était à la base une assez petite ville, qui a été choisie pour devenir la capitale de l’empire romain d’orient au 4ème siècle sous Constantin (d’où le nom), en raison de sa situation géographique idéale. L’empereur y fait construire un immense hippodrome qui peut accueillir des dizaines de milliers de spectateurs, et il y installe des symboles venant de Grèce et d’Egypte pour montrer sa puissance et la grandeur de sa nouvelle capitale, comme l’Obélisque de Théodose, qui se trouvait à l’origine devant le temple de Karnak en Egypte, et la Colonne Serpentine de Delphes (dont j’ai d’ailleurs vu la réplique à Delphes deux mois plus tard).




Mais l’Histoire n’est ni simple, ni paisible, et s’il est un bâtiment qui représente cela, c’est bien Hagia Sofia. Au 6ème siècle, l’empire romain d’occident est tombé. L’empereur Justinien veut le recréer, mais subit plusieurs défaites militaires. Il augmente les impôts, ce qui le rend assez impopulaire. S’y ajoutent des conflits politiques quand Justinien tente de réduire la corruption, et les élites se révoltent, entraînant une grosse partie de la population. Pendant deux jours, la ville est mise à feu et à sang par les rebelles. Justinien est prêt à fuir mais son épouse Théodora refuse. Forcé d’agir, l’empereur fait venir les 30 000 résistants dans l’hippodrome… et les massacre. En reconstruisant Constantinople, Justinien fait ériger la plus grande église du monde, qui le restera pendant 1000 ans: Sainte Sophie. D’église chrétienne, elle devient orthodoxe après le schisme, puis catholique après la 4ème croisade et la prise de Constantinople par les Croisés. Quand l’empire ottoman s’en empare à son tour, elle est transformé en mosquée jusqu’à l’avénement de la république turque où elle devient un musée, puis redevient une mosquée en 2020. On peut difficilement faire plus chaotique !


De l’époque romaine, il ne reste aujourd’hui plus grand chose à Istanbul, à l’exception de quelques fresques dans Hagia Sofia, d’aqueducs, de citernes souterraines et de quelques éléments de l’hippodrome. La majorité des monuments restants datent de l’époque ottomane, du 15ème au 20ème siècle. Le plus important est sans doute le palais Topkapi, qui a abrité les sultans et leurs familles pendant quatre siècles.

La citerne basilique, plus grand réservoir d’Istanbul, construite sous Justinien




Vu le prix d’entrée, j’ai rentabilisé en prenant un certain nombre de photos !











Petite parenthèse: Le système qui régissait le pouvoir, à cette époque, était également très intéressant. Sous l’empire ottoman, le sultan était le dirigeant suprême. Venait ensuite le grand vizir, sorte de premier ministres, puis les vizirs, et enfin les pachas, les gouverneurs locaux. Richesse et pouvoir étaient plus accordées au mérite qu’héritées. Dans le même ordre d’idées, le choix du sultan était différent du système monarchique occidental. Pour se distinguer, les fils de sultans devaient se révéler capables à la fois militairement et politiquement. Les meilleurs devenaient favoris, et étaient nommés gouverneurs dans une région de l’empire. A la mort du sultan, le premier parvenu au palais après avoir pris la ville héritait. Evidemment, les fils privilégiés se trouvaient le plus près, et avaient généralement le soutien de l’armée… Le nouveau sultant était donc normalement un dirigeant puissant qui avait déjà fait ses preuves.



A défaut de photos de sultans, voici les vrais maîtres d’Istanbul – les chats !



Il est intéressant de noter que les enfants des sultans étaient souvent nés de concubines et non pas des épouses officielles. Ces concubines étaient généralement des “étrangères” chrétiennes, capturées en Europe du sud ou de l’est, choisies pour leur beauté mais aussi leur intelligence. Celles qui mettaient au monde les enfants du sultan s’élevaient au rang de favorites; et celles qui avaient des garçons pouvaient espérer devenir un jour reine mère. Ce sont elles qui se chargeaient de l’éducation de leurs fils, et bien souvent qui dirigeaient en leur nom quand ils étaient envoyés dans des postes de direction pour faire leurs preuves. Et si elle devenaient reine mère, alors elles héritaient d’un pouvoir immense au palais et dans l’empire. Si bien que les femmes les plus puissantes de l’empire n’étaient pas de nobles héritières, mais souvent d’anciennes esclaves de toutes origines et cultures qui s’étaient hissées par elles-mêmes au sommet de la société ottomane !






Après la visite, je continue mon tour des mosquées. La plus connue est certainement la mosquée “bleue”, en réalité mosquée de Sultanahmet, surnommée ainsi par des dignitaires français qui visitaient la ville. Elle a la particularité de comporter six minarets, un privilège que seule la mosquée de La Mecque possédait au 17ème siècle. Pour surmonter ce problème, Sultanahmet avait fait construire un 7ème minaret à La Mecque !








Cela dit, une autre mosquée située à quelques kilomètres seulement, Yeni Cami, est bien plus couverte de mosaïques bleues !







Et au fil de mes vagabondages en ville, j’en vois plein d’autres, dont la magnifique mosquée de Soliman, la plus grande d’Istanbul au 16ème siècle. A l’époque, elle devait montrer la puissance de Soliman, probablement le plus grand sultan de l’empire ottoman. La mosquée est souvent considérée comme le chef-d’oeuvre de Sinan, le plus important architecte ottoman. (Beaucoup de “plus” dans ce paragraphe!)










Pour mon troisième jour à Istanbul, je pars pour le quartier de Balat, célèbre pour ses maisons colorées. Sur les rives de la Corne d’Or, c’est l’un des anciens quartiers juifs, qui est aujourd’hui particulièrement touristique.




J’ai trouvé le Poudlard turque !






Et la nuit se prête à nouveau à de belles photos.




Enfin, pour mon dernier jour à Istanbul, je refais le tour du centre historique, visitant notamment le Grand Bazaar et le Bazar Egyptien, deux destinations touristiques mais très typiques. Le Grand Bazaar est l’un des plus grands et anciens marchés couverts au monde, et près de 26 000 personnes y travaillent !






Le bazaar Egyptien, ainsi nommé car il avait été bâti avec les impôts venus d’Egyptes au 17ème siècle, est plutôt spécialisé dans les épices.



Je découvre aussi le bazar aux livres de Sahaflar.



Et enfin, je fais un détour par la gare de l’Orient-Express, immortalisée dans la littérature par Agatha Christie !




Ces quatres jours auront été riches en découvertes, et j’aurais vraiment profité à fond de chaque instant. Et bien que je sois contente de quitter un peu l’agitation urbaine, je sais que je reviendrai volontier à Istanbul à l’avenir car j’ai énormément aimé cette ville !


