La Crète. Un pays de mythes et d’histoire. Le bastion d’une antique civilisation, maîtresse de la Méditerranée, et pourtant toujours un mystère. Le pays de naissance du Minotaure, le lieu où Icare s’est brûlé les ailes, l’île qui a fait de Thésée un héros. Une île à mi-chemin de l’Europe et de l’Afrique, aussi près de la Grèce que de la Libye.


Concrètement, la Crète est d’abord une terre de 8 500km², avec plus de 1000km de côtes, parsemée de centaines de plages toutes plus belles les unes que les autres, de canyons magnifiques, de montagnes couvertes de thym et de rochers. La Crète, c’est 9h de bateau depuis Athènes, 6h depuis le Péloponnèse. C’est plus de 300 jours ensoleillés par an. C’est un mois de janvier en t-shirt, à se baigner presque tous les jours (et à apprendre à apprécier les douches froides sur la plage – une compétence très utile pour la suite du voyage).





Je suis arrivée à Héraklion juste après le Nouvel An, et mes premiers jours ont été consacrés à la découverte de la civilisation minoenne. Le musée antique d’Héraklion, le “palais” reconstitué de Knossos, celui plus authentique de Phaistos, la ville en ruine de Gournia, offrent autant de traces d’une époque disparue où les Minoens étaient maîtres presque incontestés de la mer.





Il y a 3 500 ans, ils construisaient d’immenses bâtiments en pierres de plusieurs étages, peignaient des fresques qui n’avaient rien à envier à celles de leurs descendants grecs, et avaient des palais entiers consacrés à l’administration et l’organisation de leurs villes. Ils avaient développé deux systèmes d’écritures, les linéaires A et B. Pourtant, on en sait très peu sur ce peuple qui a disparu presque du jour au lendemain. Et qui n’aime pas un bon mystère ?



Surtout quand celui est à l’origine de plusieurs légendes grecques. Le roi mythique de la Crête, Minos ? Un des fils de Zeus. Zeus lui-même serait né en Crête. Le labyrinthe du Minotaure ? Certainement inspiré des palais gigantesques et labyrinthiques des Minoens. Le monstrueux Minotaure lui-même ? On trouve des sculptures et des peintures de taureaux partout dans leur culture, et ils avaient de nombreux sports et jeux centrés sur l’animal.





L’histoire plus récente de la Crête est tout aussi riche. Elle est passée sous la domination mycénienne, romaine, byzantine, arabe, vénitienne, ottomane… avant d’être enfin rattachée à une Grèce indépendante en 1913. Cela lui a permis de se forger une identité distincte.




Lors de ma visite au musée d’Héraklion, j’ai notamment apprécié leur collection d’amphores aux splendides décorations. On y trouve aussi la déesse aux serpents, découverte à Knossos; un vase à libation en forme de terre de taureau; le disque de Phaistos, un mystérieux disque portant 241 signes que personne n’a réussi à décoder; et plusieurs fragments de fresques provenant de Knossos.











La ville d’Héraklion elle-même est très agréable. Tirant son nom d’Hercule (Heraclès), il semble qu’elle ait longtemps simplement été le port de Knossos. C’est surtout à l’époque vénitienne que la cité a été fortifiée et s’est développée. Le vieux port date de cette époque.







Sans doute le site archéologique le plus connu de Crête, Knossos est un ensemble d’immenses bâtiments. Bien qu’ils aient été un temps considérés comme formant un palais, rien ne prouve que les Minoens aient été dirigés par des rois, ou que le site ait été un lieu d’habitation. On pense aujourd’hui qu’il s’agissait plutôt d’un complexe administratif et religieux, qui servait également de centre de stockage de denrées alimentaires.



Découvertes par un antiquaire crétois, les ruines de Knossos sont surtout associées à l’archéoloque britannique Arthur Evans, qui a consacré une bonne partie de sa vie à fouiller et restaurer les lieux. C’est lui qui a également présenté les systèmes d’écriture minoens. Malheureusement, ce qui se voulait un travail de conservation et de reconstruction de Knossos, dans l’idée de montrer ce à quoi aurait pu ressembler le site au sommet de sa gloire, s’est avéré n’être qu’une interprétation, souvent erronée, d’Evans, endommageant les bâtiments et rendant les recherches actuelles plus difficiles.





Knossos reste toutefois un lieu impressionnant, et on en ressort en comprenant pourquoi les Minoens sont associés au concept du labyrinthe dans l’imaginaire collectif !

Contrairement à Knossos, le site antique de Phaistos n’a pas été modifié par les archéologues italiens qui y ont travaillé. Il est donc d’autant plus authentique et intéressant à visiter !




On peut notamment y voir les deux phases de constructions qui ont marqué la civilisation minoenne: “pré-palatiale”, de 2600 à 1700 avant J-C, puis “néo-palatiale”, de 1700 à 1400 avant J-C. Les grands palais, comme Knossos ou Phaistos, ont été construits pendant la première période. Mais un terrible tremblement de terre, vraisemblablement causé par une éruption catastrophique du volcan de Santorin, a provoqué d’immenses destructions, et tous les sites importants ont dû être restaurés ou reconstruits durant la seconde période.


Moins connu, Phaistos est plus tranquille que Knossos, alors qu’il est presque aussi grand et tout aussi beau. J’étais d’ailleurs toute seule lors de ma visite, ce qui l’a rendue encore plus magique.

Gournia est une petite ville minoenne également fondée il y a environ 3 500 ans, et habitée pendant près de mille ans. Elle compte une soixantaine de maisons, un cimetière, un “palais” et un système complexe de rues et d’évacuation des eaux. Encore une fois, j’étais seule sur les lieux, et il était presque trop facile d’imaginer les gens vivant là, se tenant sur le seuil de leur maison, parcourant les rues, montant et descendant les escaliers… C’est fou comme on peut se sentir proche de personnes ayant vécu il y a des milliers d’années, mais qui avaient un quotidien probablement pas si différent du nôtre.




Mais au-delà de la culture, la Crète est aussi un paradis naturel, le lieu rêvé des campeurs et des randonneurs en hiver. Avec ses couchers de solei éclatants. Ses forêts de palmiers. Ses chèvres partout (surtout sur la route).








Avec ses eaux turquoises. Ses plages de sable rose ou rouge. Ses petites criques et ses piscines naturelles. Ses falaises d’argile.









Avec ses profondes fissures entre les montagnes, lits de rivières asséchés qui forment d’incroyables gorges. Certaines sont praticables (même si le degré de difficulté crétois est “légèrement” au dessus de la moyenne), toutes sont splendides. J’ai passé des heures à marcher sur des galets ou d’étroits chemins à flanc de falaise. À escalader des rochers plus grands que moi, aidée parfois d’une corde, parfois de minuscules marches gravées dans la pierre, parfois de… rien du tout.
Gorge des Morts (la plus sèche)







Gorge de Perivolakia



Gorge de Sarakinas (la plus dure: toutes les photos sont des images du “chemin”)







Gorge de Rouvas (l’une des plus belles, avec une forêt au bout)







Gorge d’Imbros (une des plus connues, la plus décevante)






J’étais partie pour passer deux semaines en Crête, j’y suis restée un mois, et ne suis partie que parce que je voulais arriver en Italie début février. J’aurai vraiment profité de cette île magnifique, et je la recommande définitivement à tous les passionnés d’histoire ou de randonnées !


Pour ceux intéressés par la culture minoenne, deux reportages passionnants: