Il y a neuf ans tout pile, une petite Française tout juste sortie de l’université arrivait en Angleterre. Après 27 heures de voyage en bus depuis son village pyrénéen, elle débarquait à Londres, puis à Derby. Si nous étions dans un film, il y aurait sans doute un arrêt sur image, et le fameux “Vous vous demandez sans doute comment j’en suis arrivé là. Tout à commencé…”
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Tout à commencé quand j’ai cherché quoi faire pendant que je prenais une année supplémentaire pour finir mon mémoire de Master. Un affiche sur un mur incitant à devenir “language assistant” à l’étranger, un CV et une interview plus tard, et, somehow, l’étudiante en master recherche littérature médiévale qui écrivait sur l’héroïsme féminin dans la Chanson de Geste médiévale s’est retrouvée catapultée dans la petite école privée d’une ville un peu perdue au milieu de l’Angleterre.

Derby, c’est devenu un tournant dans ma vie. J’y ai découvert une nouvelle culture, un nouveau mode de vie, un nouveau métier. Et chaque semaine, je racontais tout cela sur mon nouveau blog, lancé le 1er octobre 2016 avec l’article “One year in Derby – An easy beginning ?“. Mais le “un an” en question a vite disparu. Après trois mois, j’ai appelé mes parents pour leur dire que j’arrêtais le master et que je m’installais en Angleterre, pour y devenir prof. J’ai été séduite par ce pays, ces gens, ces paysages, et je voulais y rester (Conclusions).

Pendant deux ans, je me suis fait d’incroyables d’amis dans la colocation où je vivais. Chaque jour ressemblait à un épisode de Friends: un peu de travail, beaucoup de projets, de jeux de société, de voyages et de rire. Un peu de drama aussi, bien sûr.

Et puis mon contrat d’assistanat s’est achevé, et j’ai quitté Derby pour York et sa majestueuse université. J’ai fait de nouvelles rencontres, j’ai découvert le métier de prof, assez différent de l’assistanat que je connaissais jusqu’alors. Le blog est devenu un compte-rendu des étapes pour devenir professeur, agrémenté de quelques récits de voyages. Puis j’ai fini mes études, j’ai décroché mon premier poste, à Dewsbury, et les choses ont ralenti. La réalité du métier m’a rattrapée, ses bons côtés mais aussi ses difficultés, et mes articles semi-professionnels se sont faits rares. L’année s’est mal passée, je n’avais pas beaucoup de choses positives à raconter, et je ne voulais pas que l’école puisse m’accuser de diffamation. Au final, j’ai démissionné, et le blog s’est doucement transformé en carnet de voyages, un journal qui se concentrait sur le meilleur de ma vie en Angleterre.

Et c’est globalement ce qu’il est resté, depuis 6 ans. Mon job suivant était plus gratifiant, mais j’étais toujours prudente avec ce que j’écrivais, et j’évitais de mentionner mon école autant que possible. A la place, j’ai fait le récit de (presque) toutes mes vacances, mes expéditions en Europe centrale, à New-York, à Cuba. Le blog s’est un peu étiolé, les articles se sont espacés. Mais quand j’ai quitté mon poste pour partir en tour d’Europe, c’était l’occasion rêvée de retrouver plus de régularité sur le blog. Une régularité que je vais essayer de conserver, maintenant que je suis de retour !
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J’avais 22 ans quand j’ai tapé les premiers mots du premier article, et je vais bientôt en avoir 32. En 9 ans, One-Year-in-Derby devenu Filer-à-l’anglaise a vu passer tous les changements dans ma vie. Il est le témoin de tous les bons moments, et certains des mauvais. 195 articles de “fun facts” sur l’Angleterre, de tranches de vie, de tentatives de conseils pour expatriés, de descriptions des lieux et des randonnées qui m’ont marquée dans ce pays, d’anecdotes sur mes parcours européens. Le blog a vu l’evolution de mon attraction pour la vie nomade, depuis l’aménagement (très) basique de ma première voiture jusqu’à mon grand voyage d’un an. Je me suis plusieurs fois demandé si je devais le garder, surtout dans les périodes où je n’écrivais plus que 2 ou 3 articles par an, mais je ne veux pas le voir disparaître.
Et où en suis-je, moi ? Eh bien la petite étudiante a bien grandi. Elle est moins naïve, plus réaliste, un peu désabusée, mais aussi plus assurée et confiante. Je suis maintenant de retour en Angleterre, bien installée dans ma maison, que j’adore. Je suis toujours dans l’enseignement, même si pour le moment je ne fais que des remplacements. J’aime toujours autant (voire encore plus ?) voyager. Alors qui sait ce que l’avenir me réserve ? S’il y a une chose que mon depart inopiné pour l’étranger, que ce soit en Angleterre ou en tour d’Europe, m’a appris, c’est qu’on ne peut pas prévoir le futur. Mais une chose est sure, positif ou négatif, je n’aurais rien changé à ces neuf années.