NC500: le Nord

En ce sixième jour de voyage, je ralentis un peu le rythme. Il me reste encore deux semaines sur la route et je sais d’expérience que si je m’épuise maintenant, le reste des vacances sera difficile. Maintenant que je longe le nord de l’Ecosse, le ciel s’éclaircit un peu. Avant de partir, je fais une balade le long de la plage de Castletown, mon thé dans une main et l’appareil photo dans l’autre. Le bout de la plage est plus loin que je ne le pensais et le temps que je revienne, quelques promeneurs matinaux commencent à arriver. Nous échangeons quelques mots, les premiers que je prononce depuis un moment.

En fin de matinée, c’est reparti. Premier arrêt : Melvish Beach. C’est la plus belle plage que j’ai vu jusqu’à maintenant. Le chemin serpente derrière et dunes, se glisse entre les hautes herbes et soudain, la mer se dévoile. Le sable est presque rose, et les irondelles jouent dans les vagues. Il ne fait pas chaud, mais je ne peux pas résister à l’envie de les rejoindre, et je mets les pieds dans l’eau. Elle est froide mais pas glacée. En réalisant que c’est la plage la plus haute où je sois jamais allée, j’ai un petit moment de folie que personne n’est là pour observer, heureusement ! Euphorique, j’oublie sur le parking ma bassine que j’avais posé à coté de la voiture. Adieu évier pour le reste du voyage…

Après ça, je vais de merveille en merveille. Strathy Beach, Strathy Point… Tout est incroyable. Le ciel encore gris renforce la beauté de l’endroit et sous la lumière argentée, la mer est d’un noir d’encre. Malgré cela, elle est incroyablement transparente et depuis le haut des falaises, je peux voir plusieurs mètres sous l’eau. C’est breathtaking, comme on dit en anglais. Les mots me manquent pour décrire la splendeur du moment. Et la tête qui surgit soudain des flots à quelques mètres de moi me stupéfie un peu plus plus. Un phoque, deux, trois… Toute une colonie, à moi de 30m, qui joue dans les vagues. Je m’amuse moi aussi à les suivre du regard, à deviner quand ils vont plonger ou réapparaitre. L’un d’eux est d’une couleur différente et j’apprends en parlant avec l’une des rares habitantes de ce bout de terre perdu qu’il est connu dans le coin. La dame m’explique aussi qu’elle est née ici, et que sa mère de 92 ans y vit toujours. Sa sœur et elle se sont expatriées plus au sud mais reviennent régulièrement lui rendre visite. La seule autre compagnie ici, ce sont les quelques visiteurs qui poussent jusqu’aux trois maisons de Strathy, un bon detour depuis la NC500. Il n’y a rien ni personne d’autre à des kilomètres à la ronde.

Histoire de renforcer ce sentiment de solitude, je m’éloigne un peu de la mer et m’enfonce dans les forêts qui forment le cœur de la péninsule entourée par la NC500. Ici, pas d’autre visiteur, et pas de vraie route non plus. Je roule plusieurs minutes sur un chemin de terre et me disant que si je crève ou s’il m’arrive quelque chose ici, je serai dans de beaux draps. Il n’y pas de réseau et le village le plus proche est… loin. Enfin, je parviens à un petit parking où je laisse la voiture avec soulagement. Je n’ai pas hâte de repartir dans l’autre sens. Bettyhill est un lieu intriguant. D’après les informations que j’ai trouvé en ligne, il y aurait un squelette au sommet de la colline, qui domine les environs. J’emprunte le sentier qui tourne dans tous les sens, passant de la forêt à la lande, des sapins aux hêtres, à la bruyère. Le silence est oppressant, on entend à peine quelques oiseaux. L’ensemble n’est pas rassurant et cette fois, je ne traine pas pour admirer le paysage, bien que les bois sont splendides. Et puis le squelette apparait, seul et immense au milieu d’une clairière. L’expérience est étrange. Depuis la colline, la vue est dégagée et magnifique, et j’ai l’impression d’être seule au monde. Ou presque : le squelette est inquiétant et je sens sa présence derrière moi. La descente vers la voiture est rapide et je repars tout aussi vite. Mais je n’oublierai pas le squelette de Bettyhill.

Après ces deux découvertes riches en émotions, je suis trop fatiguée pour faire grand-chose et je me pose un peu plus loin sur la NC500 pour la nuit. Je n’écris qu’un mot dans mon carnet : WOW. Cette nuit, je rêve de tout quitter et de m’installer en Ecosse, près de tant de beauté…

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